Pays de cocagne
Quelques mois avant la sortie de son guide “Doing business in China”, Christophe Jaquet offre en exclusivité aux lecteurs de 1er Degré un petit résumé de quelques-unes des thématiques abordées dans son ouvrage. La rédaction tient à le remercier chaleureusement de nous faire profiter de la primeur de ses conseils sur les moyens de profiter au mieux du miracle économique chinois.
La Chine du XXIe siècle prend la forme d’un nouveau Far West pour tous ceux qui auront le courage d’y faire leurs preuves. Le premier idiot du village venu peut facilement y devenir millionnaire en quelques années. Aussi nul que puisse être votre produit, vous y trouverez des acquéreurs. Sur un milliard de consommateurs potentiels, ce serait bien du diable si vous n’en trouviez pas quelques millions suffisamment crédules pour vous l’acheter ! Et tout est à l’avenant. Aussi ridicule que puisse être votre concept, on vous le fabriquera en série. Aussi peu sérieux que puissent paraître vos antécédents, vous trouverez du financement. En ce qui concerne les affaires, ne vous en faites pas. China is the place to be. Par contre, travailler en Chine exige une certaine connaissance des moeurs locales pour éviter de faire de trop nombreux faux-pas qui pourraient s’avérer autant d’embûches à votre futur succès.
Tout d’abord il vous faut connaître ce que j’ai baptisé “les trois sources de la discorde”. Ce sont trois mots qu’il vous faudra éviter à tout prix : “illegal”, “dangerous” et “unfair”. J’en frémis rien qu’à les lister ici. Ne prononcez jamais, ô grand jamais, ces trois vocables inconvenants ainsi que leurs synonymes et apparentés (rights, toxic, mistreatment, etc.) sous peine de voir vos interlocuteurs prendre congé de vous pour toujours. Qu’il vous suffise de savoir que, pour des raisons d’équilibre et d’harmonie (Feng Shui) bien trop complexes pour être expliqués ici en détail, la Chine millénaire ne saurait tolérer qu’aucun de ces trois concepts ne soit évoqué en public.
En Chine, il est de coutume de frapper les employés, mais rassurez-vous en tant qu’Occidental, vous ne risquez rien. Par contre, ne vous gênez pas d’user de la canne de bambou sur vos subordonnés. La pratique contraire risque de vous faire passer pour un moralisateur eurocentriste donneur de leçons. “La discipline est fille du bâton” comme disait si bien Lao-Tseu.
Par contre exprimez le plus grand des respects pour votre supérieur. Couvrez-le de cadeaux. Offrez-lui du cognac, des femmes, des places au stade pour les combats de cafards ou les exécutions publiques. Le soir, ne partez jamais avant lui et insistez pour le raccompagner jusqu’à sa voiture en portant son attaché-case. Bien sûr, d’autres seront sur les rangs. Alors n’hésitez pas à jouer des coudes. Votre loyauté sera jugée proportionnelle à votre énergie à bousculer vos concurrents pour ce privilège insigne.
Le Chinois est superstitieux. À ce propos, il me vient en mémoire une petite anecdote. Un Américain de mes amis avait pris l’habitude à son arrivée au bureau de tirer l’oreille de sa secrétaire, ce qui suscitait toujours chez elle des piaillements et des protestations. Or, un lendemain de cuite, tenaillé par un mal de tête sans doute, il négligea de le faire. Plus tard dans la matinée, une petite délégation d’employés comprenant la fameuse secrétaire le pria de bien vouloir réparer son oubli. En effet, on avait peur que le cours des affaires prenne subitement une autre tournure s’il changeait ses habitudes. Elle préférait qu’il répète ce geste qu’elle jugeait humiliant et douloureux plutôt que de voir l’entreprise péricliter. Voilà ce qu’on peut appeler de la loyauté !
Bien sûr la Chine connaît quelques problèmes et non des moindres. Outre une cuisine et un art contemporain plutôt salés, je pense plus naturellement à la pollution. Il s’agit principalement d’une pollution sonore : la langue chinoise comporte nombre de sons extrêmement désagréables à nos oreilles. Ajoutez à cela le volume très élevé des conversations et le fait qu’elles sont continuellement ponctuées de pets, rots et autres crachats, vous aurez une bonne idée des nuisances que vous aurez à affronter.
Ne craignez pas de manifester votre mécontentement à ce propos. Une nuit, je n’arrivais pas à fermer l’oeil à cause de cris affreux dont je ne parvenais pas à saisir l’origine. Sur le palier, je découvris qu’il s’agissait tout simplement d’un groupe d’adolescents en train de torturer un chat dans la cage d’escalier. Les ayant fortement tancés, ils partirent tout honteux poursuivre leurs “chinoiseries” dans un autre immeuble, non sans s’être très humblement excusés auprès de moi. En France, j’aurais eu sans doute peu de chances de survivre à une telle confrontation avec la jeunesse des banlieues.
Et puis il y a aussi la pollution atmosphérique. La plupart des Chinois se contentent de porter un simple masque de chirurgien. Moi-même je vous conseille d’avoir directement recours au masque à gaz. C’est un système encombrant mais bien plus efficace. Et puis vous n’aurez qu’à faire appel aux services d’un jeune coolie pour porter les bouteilles d’oxygène. La législation chinoise vous permet en effet d’employer des enfants à des prix dérisoires. À ce propos et quitte à fâcher certains esprits sensibles, croyez-moi, ils seront bien mieux à l’usine gagnant de l’argent pour leur famille plutôt qu’abrutis de propagande communiste à l’école. La même remarque pourrait tout aussi bien s’appliquer à la Suisse d’ailleurs.
Si vous suivez ces indications simples et encore quelques autres que vous trouverez dans mon guide “Doing business in China”, la route radieuse d’un succès insolent vous est toute tracée. Mais n’oubliez pas de renouveler votre cotisation à la Rega avant votre départ.
5 août 2008 à 12:18
On va encore frôler l’incident diplomatique, comme avec Hannibal….